LA FAMILLE BAZILLE

Portrait Gaston BAZILLE Bull. Soc. centrale Agr. Hérault, 1894, vol. 81 : 251

Portrait de Gaston BAZILLE
Source : Bull. Soc. centrale Agr. Hérault, 1894, vol. 81 : 251.

Gaston Jean François BAZILLE, père de Frédéric BAZILLE (21 sept.1819-28 avril 1894)

En épousant sa cousine Camille Victorine, le 20 sept 1840, Gaston Bazille entre dans la famille Vialars et met un pied à Méric ainsi qu’à Saint-Sauveur, à Lattes. Il a 21 ans. Mais ce n’est que seize ans plus tard, au décès de David Vialars, usufruitier du domaine, que les familles Bazille et Deshours-Farel (sœur de Camille) en prendront vraiment possession.

En 1856, Gaston Bazille à 37 ans, il est avocat et passionné d’agronomie. Ces deux domaines agricoles, Méric sur le coteau sec des hauteurs de Montpellier et Saint Sauveur dans la plaine de Lattes, lui offrent des terrains d’expérimentation idéaux. Il va déployer sur ces deux sites des recherches sur la vigne, les arbres fruitiers, la race bovine, les cultures fourragères… Ce qui permettra de dire de lui plus tard qu’il fut un sénateur qui montrait une sérieuse compétence dans les questions agricoles, soutenue par un certain talent de parole …

S’inscrivant dans la continuité de l’oncle de son épouse, David Vialars, il devient Président de la Société́ centrale d’Agriculture de l’Hérault. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1866, puis Officier en 1875.

Il sera également membre de la Société́ Pomologique (fruits comestibles) de France et, un temps Vice-Président de la Société́ d’Horticulture et de Botanique de l’Hérault, renommée en 1868 Société́ d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault (SHHNH).

C’est dans les bulletins de cette société savante que l’on trouve, dans le fil des comptes-rendus, les indices sur les essences ornementales ou sauvages qui poussent à Méric, et souvent à travers les listes dressées à l’occasion des constats des dégâts d’un coup de froid.

Jules Émile Planchon, directeur du jardin des plantes de Montpellier de 1881 à sa mort en 1888, mais aussi tout proche voisin de Méric, n’hésite pas à étendre ses observations sur le domaine à chaque coup de froid.

C’est d’ailleurs en compagnie de Jules Emile Planchon et de l’horticulteur et viticulteur Félix Sahut, tous deux membres fondateurs de la SHHNH, comme lui, que Gaston Bazille est nommé́ en 1868 au sein de la Commission du Phylloxera.

Ainsi le 15 juillet 1868 à St Martin de Crau, Bouches-du-Rhône, alors que la maladie apparue en 1865 commençe à ravager la Provence après le Bordelais et la Bourgogne, ils découvrent à eux trois le parasite responsable du fléau sur les racines de la vigne, même si aujourd’hui la découverte du phylloxera est attribuée au seul J.E. Planchon …

Dans ces années là, Gaston Bazille est totalement engagé dans la recherche viticole ; il écrit de nombreux articles pour conseiller l’introduction et la mise à l’essai de plants américains. Il avait pressenti la possibilité́ du greffage des vieux cépages français sur leurs racines américaines résistantes au Phylloxéra. Lui-même greffe, sélectionne et cultive à Saint Sauveur ou à Méric les « fruits » de ses essais.

Un cépage lui sera même dédié, le Gaston Bazille.

Tous les témoignages de son engagement fertile au sein des réseaux scientifiques et agronomiques montpelliérains, ne doivent pas faire oublier que c’est dans ces années-là̀, le 28 novembre 1870, que sa famille est endeuillée par la perte de son fils, le talentueux peintre Frédéric Bazille, mort prématurément à 21 ans, près de Beaune-la-Rolande au cours d’une bataille de la guerre franco-prussienne, où plus de 1 800 hommes vont périr.

Devenu sénateur en 1879, il poursuivra son engagement dans l’innovation agricole et défendra la cause viticole au Senat pendant presque 10 ans.

Il est membre du Conseil supérieur de l’agriculture et du commerce et sera choisi plusieurs fois pour présider le Concours général agricole de Paris.

Son beau-frère, Eugène Des Hours-Farel, copropriétaire de Méric, également investit dans la conduite du domaine, et membre actif de la SHHNH, témoigne de l’adhésion de Gaston Bazille et de lui-même aux idées de l’école des physiocrates (la création de valeur provient de l’agriculture), à qui l’on doit le grand élan qui se manifesta vers la fin du XVIIIe siècle pour le progrès agricole.

En 1884, Gaston Bazille achète le terrain voisin de Méric, de l’autre côté de la rue de Ferran, les Pommettes. Ce nom était dû à la présence de nombreux azeroliers (Crataegus azerolus, proches de l’aubépine) dont les fruits sont appellés pommettes. Un domaine sur lequel son fils Marc introduira un grand nombre de plantes exotiques. Les Pommettes ont aujourd’hui disparu, victimes de l’urbanisation.

Gaston Bazille décède à Montpellier le 28 avril 1894. Il avait à 75 ans.

Dans sa nécrologie, son « collègue » Félix Sahut, retiendra essentiellement son implication dans le domaine de la pomologie. Ses très nombreux cahiers consignant ses observations personnelles ainsi que ses vastes plantations fruitières tant à Saint-Sauveur qu’à Méric en témoignent.

Source : Le mas de Méric : un lieu emblématique de l’histoire de Montpellier
Dominique Pinon
240 Pages / Sept. 2021
Academia.edu/108662394/