LA FAMILLE VIALARS

Méric, vue du « bosquet » ou bois d’agrément, vers 1880
Les pins Laricio ont aujourd’hui disparu.
A04 © Musée Fabre
David Augustin Victor VIALARS (1778-1856), l’apogée botanique
David Augustin Vialars, dit « Vialars aîné », est une figure marquante de Méric. Epoux de Louise Schroeder, avec qui il n’a pas eu d’enfant, il est aussi l’oncle de Camille Vialars, qui épousera Gaston Bazille.
Il hérite du domaine au décès de sa mère, Marguerite Pomier, en 1831. Il a alors 54 ans et est installé à Hambourg, mais il revient fréquemment à Montpellier. Il cède la propriété à sa sœur Françoise Augustine Camille Vialars, épouse Grand, en 1833. Bien que brièvement propriétaire de Méric, il semble qu’il se soit toujours occupé du domaine, au côté de sa mère, puis de sa sœur.
De nombreux témoignages dévoilent son grand intérêt pour la botanique ainsi que pour l’acclimatation et les échanges de végétaux exotiques, très en vogue dans cette première moitié du XIXe siècle.
En 1825, il participe à la création d’une société internationale de négoces basée au Havre, entre les Sieurs Lichtenstein, négociant danois établi aux Indes, Vialars de Montpellier, Stoffregen de Saint-Pétersbourg, Ulmann de Riga et Wanner de Nidau (Suisse).
David Vialars devient vice-consul du Brésil vers 1825.
Ses liens amicaux et professionnels avec le botaniste allemand Philipp Salzmann, installé à Montpellier, illustrent assez bien une des formes que pouvait prendre alors le commerce de plantes. Le nom de Salzmann est resté dans l’histoire de la botanique grâce à un pin noir méditerranéen qui lui est dédié (Pinus nigra salzmannii).
Dans le compte-rendu de séance de la Société d’Agriculture de l’Hérault du 21 février 1838, il relate ses plantations de chênes verts, ses semis de chênes liège et chênes à glands doux et d’un pin pignon à coque très tendre, dans sa propriété́ près de Castelnau…
Il évoque également ses essais de Pinus cembro dont les graines proviennent du jardin botanique de St-Péterbourg.
« M. Vialars ajoute, que de tous les Pins qu’il cultive, celui qui a la plus belle végétation est le Pinus cembro, espèce qu’il a vue magnifique depuis Kiew : capitale de la petite Russie, jusqu’à Moscou, dans les jardins qui entourent cette ville. M. Vialars a demandé́ des graines de ce Pin au directeur du jardin botanique de Saint-Pétersbourg. »
Notons qu’à cette époque, la Société́ d’Agriculture de l’Hérault est présidée par Alire Raffenau Delile, directeur du jardin des plantes de Montpellier, dont il semble proche.
Ceci désigne assez naturellement David Vialars comme étant lié au Ginkgo biloba du dit jardin des plantes, en ayant permis la première reproduction sexuée de l’espèce en France : « En 1830, plusieurs rameaux femelles, issus d’un ginkgo croissant chez monsieur Gaussen dans son domaine de Bourdigny près de Genève, avaient été apportés par un amateur éclairé́, monsieur Vialars, et entés en fente sur un jeune sujet ».
Dans un article d’une revue allemande qui va paraître en 1848, son associé Lichtenstein rapporte que c’est le Pin laricio (Pinus laricio) qui va être finalement utilisé à Méric. Les Pins cembro (Pinus cembro), dans lesquels David Vialars avait mis ses espoirs, ne sont pas venus du tout. Les Pins maritimes (Pinus maritima), les Pins de Weymouth (Pinus Strobus), et les Cèdres du Liban, dont l’un à l’entrée du domaine, souffrent. Les Sapins d’Espagne (Abies pinsapo) rapportés du massif des Alpujarras (Andalousie) à peine quelques années auparavant (1838), poussent bien, tout comme le sapin du Canada (Abies canadensis).
Les feuillus ne sont pas en reste, avec un bosquet de splendides : chêne sempervirens (Quercus sempervirens), chêne Vélani (Quercus aegilops) … mais aussi des lauriers des Iroquois (Laurus sassafras), des vernis du Japon aux immenses feuilles, appelés aujourd’hui Firmiana simplex, un Magnolia grandiflora, un Paulownia imperialis, d’innombrables variétés de lauriers roses et maints autres arbustes à fleurs …
Lichtenstein précise également l’importance des transformations effectuées par David Vialars au Domaine de Méric :
-début des travaux vers 1835 avec la plantation de 2 cèdres au portail d’entrée.
-plantation en 1844 du bois d’agrément contre la tramontane, après de nombreux essais de diverses essences de pins. Cette expérience fera école dans toute la région.
-fleurissement et enrichissement botanique.
-création d’un étang avec élevage de sangsues près du Lez.
-le jardinier M. Louvet, occupé précédemment au Jardin des Plantes de Paris, vient réaliser les projets de D. Vialars.
Le document livre une liste de végétaux très précieuse.
Le « bosquet et jardin anglais » planté vers 1770 / 1790 est suivi du bois d’agrément et de la création des terrasses botaniques vers 1835 / 1845.
Son association avec le banquier Auguste Lichtenstein qui forme « la plus dynamique maison de négoce locale », l’amène à s’intéresser au commerce du vin, mais aussi à la culture du riz.
A partir de 1836, la société́ Lichtenstein – Vialars rentre au capital de la Société́ anonyme du chemin de fer de Montpellier à Cette qui a construit et exploite un chemin de fer entre les deux villes, première voie ferrée non industrielle du midi de la France.
Il devient membre du conseil municipal de Montpellier, de 1840 à 1843, où il donne sa démission pour raisons de santé.
La déconfiture de la société́ Lichtenstein, Vialars & Cie lors de la crise de 1847-1848 est considérable par son ampleur : son projet de rizières emporte la fortune d’Auguste Lichtenstein pourtant évaluée à près de huit millions de francs quelques années plus tôt.
David Vialars récupère Méric en 1854, à la mort de sa sœur et en garde l’usufruit (instituant ses nièces ses légataires universelles). Mais il décède le 4 juin 1856, à peine 2 ans après, à l’âge de 78 ans.
D’après :
Texte de Véronique Mure – extr. Diagnostic du domaine de Méric, 2020 ©VéroniqueMure
Le mas de Méric : un lieu emblématique de l’histoire de Montpellier
Dominique Pinon
240 Pages / Sept. 2021
Academia.edu/108662394/